Un non-vocabulaire des formes
Ă lâoccasion de lâexposition Ă la galerie Jacques LĂ©vy, 2026
Françoise Docquiert
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Les aquarelles de David Alazraki sont des formes silencieuses Ă©levĂ©es Ă la dignitĂ© dâun langage qui,
sciemment, attend dâĂȘtre dĂ©chiffrĂ©.
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Au dĂ©tour dâun entretien, lâartiste Ă©voque ses maĂźtres et ses sources : Michel Parmentier, lâun des fondateurs en 1966 du groupe BMPT que David Alazraki a eu la chance de cĂŽtoyer, et dâapprendre auprĂšs de lui quâavec le dessin et la peinture, câest la question de la reprĂ©sentation qui se pose. Que lâenvie de peindre nâest surtout pas de lâordre du narratif et que la pensĂ©e plastique est tout sauf illustration.
Parmi les peintres, il cite Bram van Velde, Cy Twombly et les mots de Roland Barthes sur lâartiste oĂč il ne reste que le « tour nerveux des lettres et le jet de lâencre », le « tact gauche » sur le « dernier Ă©tat de la peinture, son plancher, le papier ». Mais aussi Giovanni Bellini, Nicolas Poussin et plus rĂ©cemment Jackson Pollock, Barnet Newman et AgnĂšs Martin ou encore Simon HantaĂ.
Avec ses derniers exemples, le travail de David Alazraki se rapproche-t-il des minimalistes ? Peut- ĂȘtre par une refiguration, une re-vision Ă©purĂ©e. Il faut ajouter Ă ces rĂ©fĂ©rences esthĂ©tiques un voyage inaugural en 1998 en Asie (Himalaya, Inde et Pakistan…) – dâune annĂ©e suivi de beaucoup dâautres. Avec la pratique dâun dessin par jour, souvent de mĂ©moire, Ă lâorigine de paysages abstraits de
montagnes, thĂ©matique chĂšre Ă lâartiste.
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Mais revenons Ă ce dernier travail, dont les exemplaires uniques sont simplement numĂ©rotĂ©s et datĂ©s. Dâamples formats (50 x 76 cm) sur papier unicolore, parfois travaillĂ©s Ă la gouache, enrichis dâaquarelle comme premier geste affranchi du dessin. On peut y voir un ensemble de pictogrammes ou plus exactement des signes dissĂ©minĂ©s sur des fonds pĂąles, sortes de cartes perdues dans un monde dont nous ne savons pas nous-mĂȘmes dĂ©chiffrer la signification immĂ©diate mais qui nous transportent dans un univers de rĂȘves pour nous Ă©carter de toute conduite raisonnable. David Alazraki parle de geste Ă lâaveugle sans rien savoir, privilĂ©giant ses propres navigations. Sur des fonds immaculĂ©s mais travaillĂ©s Ă la peinture, il sâagit lĂ dâĂ©liminer tout ce qui pourrait distraire. Lâartiste ne nous laisse aucun point dâappui pour interprĂ©ter son travail. Les formes sont bien prĂ©sentes, colorĂ©es par lâaquarelle et chargĂ©es de donner consistance Ă une absence qui mange lâespace et le vide. Ainsi le regard se porte vers ses figures que chacun peut interprĂ©ter Ă sa guise. Du regard, on y voit des croisements, des rencontres, des turgescences, une sorte de ballet sur lâespace pour dĂ©finir une jungle de signes dont lâartiste joue Ă la maniĂšre dâun orfĂšvre.
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Mais alors oĂč est lâendroit, oĂč est lâenvers ? Peu importe, les formes sont des sortes de contorsions du vide. Il ne sâagit de tracĂ©s qui ne sont ni concaves ni convexes, on peut y retrouver quelques concessions Ă des montagnes, Ă des nuages, Ă des figures terrestres mais il faut se faire une raison : le travail de David Alazraki existe avec des formes qui ne se relient pas Ă un concret possible mais qui, dans leur splendeur, privilĂ©gient une apparente absence de geste. La poĂ©tique de son travail dĂ©finit alors une carte imaginaire allant au-delĂ des donnĂ©es immĂ©diates de la perception et qui, alors, parait continuellement changeante et, Ă la limite, insaisissable. Câest lĂ toute sa force.